Ploum Ploum !
Hello les blogos ! Zigzag la blogose !
Carl von Linné, naturaliste suédois, ce qui n’est pas incompatible, désigna l’homme moderne comme « homo sapiens ». Homo, être humain, hominidé, au même titre que le chimpanzé ou le bonobo, et sapiens, intelligent, sage, prudent, de sapere, science et sagesse. Quelques siècles plus tard, l’homme moderne, toujours homo, plus chimpanzé que bonobo d’ailleurs, a perdu de sa superbe quant à son sapiens attitré. Il mériterait pour cela quelques gifles de chimpanzés laids plutôt que des caresses de bonobos beaux. Bref.
A posteriori, Aristote qualifia « homo sapiens » d’« homo politicus », pour ses liens sociaux inhérents à sa survie en société. Soit. J’aimerais quant à moi signifier deux autres dénominations, aimablement antithétiques : l’homo civitas et l’homo campania. Le rat des villes versus le rat des champs. Ce dernier, dont je suis issu depuis plus de trente ans, fait rarement la une des journaux, exsangues pour la plupart, jamais l’occasion d’une simple virgule dans les médias animés, pas même un souffle sur nos ondes. Seules quelques petites gouttes perlent çà et là dans le cadre de festivités grassouillantes, de podcasts sur la reconversion d’une ancienne directrice des ressources humaines en boulangère biodynamique avec farine de glands et graines de chia ou d’éloquents faits divers qui nous rappellent combien le mal absolu est en chacun de nous.
Mais quid du quotidien de cet homo campania ? Quid des us et coutumes de celui-ci ? Quid de ses pensées, de ses affres, de ses joies, de ses jours et de ses nuits ? Je n’oserais convoquer le néant, bien qu’il soit, sans mérite, convaincant. Soit, derechef. Je m’en vais donc, nullement vaniteux, trop usant à la longue, conter, tenter de conter, quelques intervalles de cet homo campania, bonoboiste pénétré, dont je me targue d’être l’écho.
À cela, peut-être serais-je entraîné à multiplier cette chronique et à me défaire de l’actualité sans en ménager quelques rappels généraux. Je laisserais mon esprit divaguer, sans plan précis ni canevas préétabli, d’une manière non exhaustive et passablement ordinaire.
Ploum Ploum !
Débutons par constater qu’hier, il pleuvait. L’homo campania, réjoui de cette eau des cieux tant attendue, eau de vie qui verdira avant l’hiver l’herbe anormalement desséchée, coche sur le calendrier la date et note sur un petit carnet les millimètres accumulés. Car, avant toute considération hostile, après la pluie, non pas l’incongru « beau temps », mais, selon la saisonnalité épicurienne, les champignons. Ceux-ci, synonymes de poêlées et tablées automnales, révèlent chez lui sa part d’empathie et d’entraide vis-à-vis d’autrui. Certes, plus amène à balancer Jean Moulin qu’un coin à champignons, l’homo campania, sans même l’idée de redorer son blason défraîchi, se réjouira pourtant d’offrir à ses amis, à quelques vieux atrabilaires et d’autres culs-de-jatte empêchés, une palanquée de cèpes sans attendre un merci, simplement mû par le partage et la joie de la cueillette et son essence.
Il en sera ainsi au gré des saisons. Au mois de juin, les cerises ; celui d’octobre, les noix ; et ainsi de suite, des mûres aux pissenlits, des fleurs des champs, de janvier à décembre. La cueillette comme art de vivre, sans s’exclure de la nature, ni même la hiérarchiser, puisqu’il est nature, au même titre que la mouche à merde ou la bardane et ses capitules particulièrement horripilants, quoique attachants.
Autre fait significatif qui singularise l’homo campania de l’homo civitas, les cons.
(À suivre)
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