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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 08:18

Hello les blogos ! Blogose mademoiselle ou blogose madame ?

 

Mademoiselle,

Très chère mademoiselle,

 

A peine morte, vous me manquez déjà.

Votre titre, mille fois honoré, versifié par les plus grands poètes, vous allait comme un gant vénitien en soie noire que dame Gilda jadis dégantait d'un sourire concupiscent. Et vous voilà désormais dévêtue. Certes dénudée seulement d'un titre mais de quelle douce distinction et de quelle sensualité ! Avec une quantité syllabique parfaite, ni trop courte, ni trop longue, et que l'on pouvait susurrer d'un seul souffle en prenant soin de battre légèrement les deux L ultimes et aériens, bien que liquides selon l'intitulé. Notez également l'incomparable maîtrise des pieds, quatre, deux et deux, ainsi que de l'égalité des voyelles et des consonnes, six et six. Vous êtes, devrais-je dire vous étiez, l'égale perfection d'une sonorité charnelle et naturelle.

Mademoiselle. Mademoiselle. Mademoiselle. Je veux encore le murmurer intimement et indéfiniment. Jusqu'au trouble. Tout comme Proust quand il écrivait : " L'incertitude où j'étais s'il fallait lui dire madame ou mademoiselle me fit rougir." Oui chère disparue, c'est de cette incertitude que naissait votre troublant charme. Mademoiselle. Quant à votre étymologie, elle est toute aussi singulière. Vous venez de demoiselle, et vous êtes née en 1080. Une vieille dame en quelque sorte. Par la suite, on vous a rajoutée l'adjectif possessif ma, comme pour mieux vous convoiter et vous posséder. Ah ! ma demoiselle !

Molière, notre plus grand écrivain, vous a louée bien des fois. Vous lui faisiez trop d'honneur. Un honneur partagé et subjectif. Car on vous présumait célibataire. On l'augurait seulement. Et comment le savoir si ce n'était en vous nommant !? Il fallait vous voir alors, soit décliner la distinction, en insistant sur des syllabes plus dures qu'elles ne paraissaient et en proclamant un "madame" assez sec, soit en inclinant la tête et en souriant avec une pointe de défi. Sachez-le, on vous désirait par ce seul vocable, nourri d'espoir.

Désormais vous voilà engloutie dans le titre de madame, indifférent et confus. Plus tout à fait unique.

Oh certes, je connais vos arguments à cette volonté de gommer ainsi la différence. L'homme il est vrai n'est pas tendre à votre égard, c'est un doux euphémisme. A cette seule évocation légère, ce mademoiselle tant délicat, il fallait le voir sourire niaisement, avec une avidité quelque peu sournoise et lascive, son petit cerveau se mettant en branle pour vous désigner comme cible à atteindre. Je le connais cet homme, j'en suis moi-même un. Et il m'est arrivé d'agir de la sorte. J'en ai vu d'autres qui gonflaient le torse, comme un vieux lion de mer, avant de vous gonfler à votre tour, au sens figuré. Certes.

Mais tout cela est terminé. L'affaire est close depuis hier soir. Et au lieu d'associer comme pour vous, au titre monsieur un damoiseau peut-être incorrect, vous voilà délestée d'un atout merveilleux et historique.

Adieu donc mademoiselle. Je vous aimais bien.

Mademoiselle.

Encore une dernière fois...

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Published by lalmanachronique
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