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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 06:27

Hello les blogos ! Gniââârrd Gnniiii Plouf la blogose !

 

Il fut un temps où j’étais résident parisien, en centre-ville, et travailleur pauvre. Ce qui aujourd’hui est raisonnablement inenvisageable. Je logeais dans un indicible dix-neuf mètres carrés, rue Berthe dans le dix-huitième, avec vue sur un dix-huit mètres carrés, et me nourrissais le dimanche d’un poulet halal dont le prix avoisinait celui du café en terrasse. Une friandise suave entre le tofu de farine et le polymère de synthèse.

Cependant, nonobstant et malgré tout, j’avais une vie culturelle de haute tenue et d’une indéniable diversité. Concerts gratuits au sein de la Maison Ronde et des églises de la rue Mouffetard, ciné en matinée, entrée illimitée au Louvre puisque adhérent aux « Amis du Louvre », visites gracieuses des galeries d’art du troisième arrondissement et multiples récitals de rue, avant les lois de l’état d’urgence permanente, exécutés par des PinK Floyd buboneux mais très fleuris.

Et la FIAC, la Foire Internationale d’Art Contemporain. C’était un rendez-vous annuel que je ne ratais jamais. Sûrement un reste magnétique de mes études aux Beaux-Arts d’Aix-en-Provence. J’aimais errer dans les allées de ce ranc’art éphémère, à l’époque en l’espace Eiffel-Branly, me délectant des œuvres exposées. Et croyez-moi, c’était quelque chose. Un gloubi-boulga abracadabrantesque de coquecigrues extatiques, d’amoncellements anarchiques de substances incertaines, un fatras amphigourique de croûtes monochromes, de néons fiévreux, de sculptures qui n’en étaient pas et de non-peintures qui en étaient.

Et j’errais, j’errais ainsi, l’œil aux aguets avec un sourire joyeux aux lèvres et le rire en bandoulière. C’était un grisant bordel, un euphorique capharnaüm que n’aurait pas renié un Pierre Dac prévertien piqué d’un surréalisme récréatif. A mourir de rire !

Houla ! Erreur monumentale. Tout cela était sérieux, pensé et conceptualisé. Les bouches pincées des mandarins maquereaux en témoignaient. Sans compter les mercuriales prosopopées des faiseurs d’Art qui faisaient sous eux avec diligence et gravité. Un monde solennel, bouffi de dignité altière, rhétoricien jusqu’à la nausée, élégamment replâtré et exposé désormais par d’augustes pontifes à l’image d’un Nanard Arnault, le nabab vuittonesque des anus en porcelaine colorée de Jeff Koons.

Contingence nauséeuse des existentialistes égotistes. Effet warholien garanti.

Ploum Ploum !

Quand en 1918, Malévitch peint « Carré blanc sur fond blanc », quand en 1961, Piero Manzoni expose 90 boîtes de conserve de sa propre merde et quand, à la fin des années soixante, Claude Viallat, de Supports/Surfaces, résume les travaux des niçois artistes ainsi : « Dezeuze peignait des châssis sans toile, moi je peignais des toiles sans châssis et Saytour l’image du châssis sur la toile. », on aurait dû s’arrêter, sinon mettre une bonne dose d’humour, voire de la gouaille, sinon, derechef, croire Ben quand il disait que l’art était mort depuis longtemps, ou pire, que tout est art.

Ce qui explique tout.

Ou rien*.

*réthorique beaux’artienne typique des artistes con’ceptuels

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